Pêcher sur la glace
Comment les pêcheurs sur glace du lac Waterhen
dessinent un futur durable

Sur les rives d’un lac canadien gelé, à l’aube d’une matinée d’hiver, des pêcheurs locaux sont affairés à la préparation du premier jour de la saison. Ils enfilent leurs parkas, attachent leurs après-ski et embarquent sur leurs motoneiges.
Il ne s’agit pas d’un jour ordinaire sur la glace. Ces pêcheurs ne feront face ni aux vagues et aux marées, ni au sel et aux embruns.
Ce qui vaut mieux, car leurs bateaux ne flottent pas.
Au lieu de flotter, ils glissent sur des skis à la surface du lac Waterhen dans la province du Manitoba, où une épaisse couche de glace les sépare d’une abondance de poissons comme le doré jaune et le grand brochet.
Avec une superficie de 161 km², le lac Waterhen est une petite goutte dans les vastes paysages d’eau douce canadiens. Sur les berges opposées de la partie sud, vivent la communauté des Premières Nations Skownan et le peuple Métis de Mallard. Dans cette région sauvage et glacée, à plus de quatre heures de Winnipeg, la capitale de la Province, un réseau wifi ou un signal téléphonique sont des luxes inaccessibles. Pouvoir compter sur ses voisins peut être une question de vie ou de mort quand la température avoisine les -35°C et que votre voiture tombe en panne la nuit au bord de la route.
Pour ces communautés très soudées, pêcher est une source vitale de nourriture et de subsistance, qui emploie au minimum 50 personnes et en nourrit beaucoup plus. Ils ont attendu toute l’année que la glace atteigne 61cm d’épaisseur pour pouvoir voyager et pêcher en toute sécurité.
Désormais ils sont prêts à récolter les fruits de leur patience.
Pêcher, mais pas comme d’habitude
Pour les pêcheurs du lac Waterhen, les vilebrequins à glace (grande vis perçant la glace) et la force des hommes pour remonter les filets remplacent les bateaux de pêche habituels et les machines automatisées. Les dorés jaune (Sander Vitreus) et les grands brochets (Esox lucius) sont attrapés, vidés sur la glace et livrés en motoneige à la criée locale pour être pesés, triés et vendus aux distributeurs. La pêcherie fait tout à la main et avec soin.
Au Manitoba, comme partout ailleurs au Canada, pêcher et chasser sont des activités pratiquées depuis des centaines d’années par les Premières Nations et les peuples Métis. De nos jours, elles continuent de subvenir aux besoins de nombreuses communautés autochtones, fournissant un revenu important, bien que saisonnier, dans des contrées reculées où il est difficile de trouver un emploi.
Sur les 21 permis de pêche commerciale du lac Waterhen, 17 appartiennent à des membres des peuples de la Première Nation Skownan et Métis de Mallard.
Pêcher est une pratique transmise de générations en générations, qui est profondément ancrée dans ces communautés. Les valeurs de vénération, humilité et réciprocité façonnent et guident leur rôle comme gardiens et intendants de la terre et de tous les êtres vivants qui la peuplent.
Continuer une tradition durable
La durabilité est déjà tellement intégrée dans leur culture que la pêcherie était fortement en faveur de l’obtention de la certification MSC. En 2012, l’Association des Pêcheurs du Lac Waterhen, en partenariat avec le département du développement durable du gouvernement de Manitoba, a engagé le processus de certification.
Deux ans plus tard, le doré jaune et le grand brochet de la pêcherie du lac Waterhen ont obtenu la première certification MSC pour une pêcherie en eau douce dans l’hémisphère ouest.
« Nous sommes très fiers de notre certification. Sans pêche durable, y aurait-il des emplois pour nos petits enfants dans 100 ans ? »
Les bénéfices ont rapidement augmenté. En novembre 2015, la criée de Waterhen, qui avait souffert pendant plus d’une décennie, a rouvert ses portes après un large soutien et une forte demande de l’Association des Pêcheurs du Lac Waterhen. Cela a permis aux poissons certifiés et correctement labellisés d’être distingués des poissons provenant d’autres lacs, mais cela a également créé des emplois précieux au sein de la communauté. Les pêcheurs ont aussi pu économiser du temps et de l’argent en divisant par deux la distance qu’ils faisaient pour aller vendre leurs captures.
Cette même année, un rapport publié par deux ONGs a soulevé des inquiétudes sur la durabilité et la gestion de plusieurs autres pêcheries dans le Manitoba et ont appelé à un boycott des poissons issus de ces lacs. Grâce à la certification MSC, les pêcheurs du lac Waterhen étaient à l’abri de ces critiques et ont continué à bénéficier de leur certification.
En obtenant la certification MSC, le lac Waterhen est devenu le modèle des pêcheries durables dans le Manitoba et continue d’être un exemple de partenariat collaboratif entre pêcheurs, gouvernance locale et la province.
« En tant qu’habitante du Manitoba, je suis fière des efforts, de la détermination et des qualités de leadership local démontrés par les pêcheurs du lac Waterhen. Notre province continue à travailler à l’obtention de certifications pour plus de pêcheries, ce qui nous permettrait de montrer nos qualités de leaders dans la gestion durable de pêcheries en eau douce. »
La demande pour ces poissons continue d’augmenter, et les relations avec le gouvernement local se renforcent. Waterhen est donc une preuve qu’aucune pêcherie n’est ni trop petite, trop éloignée ou trop artisanale pour démontrer sa durabilité à travers la certification MSC.
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Crédits photos © Mike Seehagel sauf indication contraire
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